Après avoir pris congé de Gonod et de Ganid à Charax (en décembre de l'an 23), Jésus revint par Ur à Babylone, où il se joignit à une caravane du désert qui faisait route vers Damas. De Damas, il alla à Nazareth s'arrêtant à Capharnaüm quelques heures seulement pour rendre visite à la famille de Zébédée. Il y rencontra son frère Jacques, venu quelque temps auparavant travailler à sa place au chantier naval de Zébédée. Après s'être entretenu avec Jacques et Jude (qui se trouvait aussi par hasard à Capharnaüm) et après avoir remis à son frère Jacques la petite maison que Jean Zébédée avait réussi à acheter, Jésus continua son chemin vers Nazareth.
Durant son séjour de quelques semaines à Nazareth, Jésus s'entretint avec sa famille et ses amis, passa quelque temps à l'atelier de réparations avec son frère Joseph, mais se consacra, en majeure partie, à Marie et à Ruth. Ruth approchait de ses quinze ans, et c'était la première occasion pour Jésus de causer longuement avec elle depuis qu'elle était devenue jeune femme
Depuis quelque temps, Simon et Jude désiraient tous deux se marier, mais il leur avait déplu de le faire sans le consentement de Jésus. Ils avaient donc retardé l'évènement, espérant le prochain retour de leur frère ainé. Bien que tous aient considéré Jacques comme le chef de la famille dans la plupart des affaires, quand il s'était agi de se marier, ils voulaient la bénédiction de Jésus. Le double mariage de Simon et de Jude fut donc célébré, en une seule cérémonie, au début de mars de l'an 24. Tous les ainés étaient maintenant mariés ; seule Ruth la cadette restait à la maison avec Marie.
Jésus s'entretint tout naturellement et normalement avec les divers membres de sa famille, mais, quand ils étaient tous réunis, il avait si peu de choses à dire qu'ils en firent la remarque entre eux. Marie surtout était déconcertée par la conduite particulièrement étrange de son fils ainé
Au moment où Jésus se préparait à quitter Nazareth, le conducteur d'une importante caravane qui passait par la ville tomba gravement malade, et Jésus, connaissant les langues étrangères, s'offrit pour le remplacer. Ce voyage nécessitait son absence pendant une année ; puisque tous ses frères étaient mariés et que sa mère vivait seule au foyer avec Ruth, Jésus réunit un conseil de famille auquel il proposa que sa mère et Ruth aillent vivre à Capharnaüm dans la maison qu'il avait tout récemment donnée à Jacques. En conséquence, quelques jours après que Jésus fut parti avec la caravane, Marie et Ruth allèrent s'installer à Capharnaüm, où elles vécurent durant le reste de la vie de Marie dans la maison fournie par Jésus. Joseph et sa famille emménagèrent dans la vieille maison familiale de Nazareth.
Cette année fut l'une des plus exceptionnelles dans l'expérience intérieure du Fils de l'Homme ; il fit de grands progrès dans la réalisation d'une harmonie fonctionnelle entre son mental humain et son Ajusteur intérieur. L'Ajusteur avait été activement occupé à réorganiser les pensées de Jésus et à apprêter sa mentalité en vue des grands évènements qui se situaient alors dans le proche avenir. La personnalité de Jésus se préparait à son grand changement d'attitude envers le monde . C'était la période intermédiaire, le stade de transition entre l'être ayant commencé sa vie en tant que Dieu apparaissant comme un homme, et qui s'apprêtait maintenant à parachever sa carrière terrestre en tant qu'homme apparaissant comme Dieu.
Sur la route d'aller vers la mer Caspienne, Jésus s'était arrêté à la vieille ville persane d'Urmia, sur la rive ouest du lac du même nom, pour laisser à sa caravane quelques jours de repos et de récupération
À plusieurs reprises, Jésus participa aux discussions et, avant son départ d'Urmia, Cymboyton convint avec Jésus qu'à son voyage de retour, il séjournerait deux semaines à Urmia et ferait vingt-quatre conférences sur “ La Fraternité des Hommes ”. Jésus devait aussi diriger douze sessions du soir comportant des questions, des discussions et des débats sur ses conférences en particulier, et sur la fraternité des hommes en général.
Conformément à cet arrangement, Jésus s'arrêta à son voyage de retour et fit ces conférences. De tous les enseignements donnés par le Maitre sur Urantia, ceux-ci furent les plus systématiques et les plus formels. Jamais auparavant, ni plus tard, il ne développa un sujet aussi longuement qu'au cours de ces conférences et discussions sur la fraternité des hommes. En réalité, ces conférences concernaient le “ Royaume de Dieu ” et les “ Royaumes des Hommes. ”
*********LA SOUVERAINETÉ — DIVINE ET HUMAINE*********
La fraternité des hommes est fondée sur la paternité de Dieu. La famille de Dieu tire son origine de l'amour de Dieu — Dieu est amour. Dieu le Père aime divinement ses enfants, sans en excepter aucun.
Le royaume des cieux, le gouvernement divin, est fondé sur le fait de la souveraineté divine — Dieu est esprit. Puisque Dieu est esprit, ce royaume est spirituel. Le royaume des cieux n'est ni matériel ni purement intellectuel ; il est une relation spirituelle entre Dieu et l'homme.
Si des religions différentes reconnaissent la souveraineté spirituelle de Dieu le Père, alors toutes ces religions demeureront en paix. C'est seulement quand une religion prétend avoir une certaine supériorité sur toutes les autres et posséder une autorité exclusive sur elles qu'elle se permet de ne pas tolérer les autres religions ou qu'elle ose persécuter leurs fidèles.
La paix religieuse — la fraternité — ne peut jamais exister sans que toutes les religions soient disposées à se dépouiller de toute autorité ecclésiastique et à abandonner entièrement tout concept de souveraineté spirituelle. Dieu seul est esprit souverain.
Pour qu'il y ait égalité entre les religions (liberté religieuse) sans guerres de religion, il faut que toutes les religions consentent à transférer la souveraineté religieuse à un niveau suprahumain, à Dieu lui-même.
Le royaume des cieux dans le coeur des hommes créera l'unité religieuse (mais pas nécessairement l'uniformité) parce que chaque collectivité religieuse composée de tels fidèles sera dégagée de toute notion d'autorité ecclésiastique — de souveraineté religieuse.
Dieu est esprit, et Dieu donne un fragment de son être spirituel pour habiter le coeur de l'homme. Spirituellement, tous les hommes sont égaux. Le royaume des cieux est dépourvu de castes, de classes, de niveaux sociaux et de groupes économiques. Vous êtes tous frères.
Mais, dès le moment où vous perdrez de vue la souveraineté spirituelle de Dieu le Père, une religion donnée commencera à affirmer sa supériorité sur toutes les autres. Alors, au lieu de paix sur terre et de bonne volonté parmi les hommes, commenceront les dissensions, les récriminations et même les guerres de religion, ou du moins les guerres entre fidèles de diverses religions.
À moins qu'ils ne se reconnaissent mutuellement comme soumis à une certaine supersouveraineté, à une certaine autorité qui les dépasse, des êtres doués de libre arbitre et se considérant comme des égaux sont, tôt ou tard, tentés de mettre à l'essai leur aptitude à gagner pouvoir et autorité sur d'autres personnes et d'autres groupes. Le concept d'égalité n'apporte jamais la paix, sauf dans la récognition mutuelle d'une supersouveraineté dont l'influence est dominante.
Les hommes religieux d'Urmia vivaient ensemble dans une paix et une tranquillité relatives parce qu'ils avaient totalement renoncé à toutes leurs notions de souveraineté religieuse. Spirituellement, ils croyaient tous en un Dieu souverain ; socialement, ils se soumettaient à l'autorité entière et incontestable de leur président Cymboyton. Ils savaient bien ce qui arriverait à tout enseignant qui chercherait à en imposer à ses collègues. Aucune paix religieuse durable ne peut s'établir sur Urantia avant que toutes les collectivités religieuses ne renoncent librement à leurs notions de faveur divine, de peuple élu et de souveraineté religieuse. C'est seulement quand Dieu le Père deviendra suprême que les hommes deviendront des frères en religion et vivront ensemble sur terre dans la paix religieuse
********LA LOI, LA LIBERTÉ ET LA SOUVERAINETÉ*********
Si un homme désire ardemment son indépendance — la liberté — il doit se rappeler que tous les autres hommes souhaitent vivement la même indépendance. Des groupes de mortels aimant ainsi la liberté ne peuvent vivre ensemble en paix qu'en se soumettant aux lois, règles et règlements qui assureront à chacun le même degré d'indépendance, tout en sauvegardant ce même degré d'indépendance pour tous leurs semblables mortels. Si un homme devait être absolument libre, alors il faudrait qu'un autre devienne absolument esclave. La nature relative de la liberté est vraie dans les domaines sociaux, économiques et politiques. La liberté est le don de la civilisation rendu possible par l'application de la LOI.