**n°16**.jesus adolescent...suite...

    **n°16**.jesus adolescent...suite...
JÉSUS ET LA PÂQUE

Cinq familles de Nazareth furent invitées par la famille de Simon de Béthanie pour la célébration de la Pâque ou s'y associèrent, Simon ayant acheté l'agneau pascal pour toute la compagnie. C'était le massacre en si grand nombre de ces agneaux qui avait tellement affecté Jésus pendant sa visite au temple. Le projet avait été de manger la Pâque avec la famille de Marie, mais Jésus persuada ses parents d'accepter l'invitation à se rendre à Béthanie.

Cette nuit-là, ils se réunirent pour les rites de la Pâque, mangeant la viande rôtie avec du pain sans levain et des herbes amères. Jésus étant un nouveau fils de l'alliance, on lui demanda de raconter les origines de la Pâque, ce qu'il fit très bien, mais il déconcerta quelque peu ses parents en y incluant de nombreuses remarques reflétant avec modération les impressions qu'avaient faites sur sa pensée jeune, mais réfléchie, les choses qu'il avait si récemment vues et entendues. Ce fut le commencement des sept jours de cérémonies de la fête pascale.

.



Même si jeune et bien qu'il n'eût rien dit à ses parents à ce sujet, Jésus avait commencé à se demander s'il était juste de célébrer la Pâque sans sacrifier d'agneau. Il fut mentalement certain que le spectacle de l'offrande des sacrifices ne plaisait pas au Père céleste et, au cours des années suivantes, il affermit de plus en plus sa résolution d'établir un jour la célébration d'une Pâque sans effusion de sang.

Cette nuit-là, Jésus dormit fort peu. Son sommeil fut grandement troublé par des cauchemars de massacre et de souffrance. Son mental était profondément troublée et son coeur déchiré par les inconséquences et les absurdités théologiques de tout le système cérémoniel juif. Ses parents aussi dormirent peu. Ils étaient considérablement déconcertés par les évènements de la journée qui venait de prendre fin, et leur coeur était complètement bouleversé par l'attitude du garçon qui leur paraissait étrange et résolue. Marie fut nerveusement agitée pendant la première partie de la nuit, mais Joseph resta calme, bien que lui aussi fût perplexe. Tous deux craignaient de parler franchement de ces problèmes avec le garçon, tandis que Jésus aurait volontiers discuté avec ses parents s'ils avaient osé l'encourager.

Le lendemain, les offices au temple furent plus acceptables pour Jésus et contribuèrent beaucoup à effacer les fâcheuses impressions de la veille. Le surlendemain matin, le jeune Lazare prit Jésus en charge, et ils commencèrent à explorer systématiquement Jérusalem et ses environs. Avant la fin de la journée, Jésus découvrit les divers endroits autour du temple où des conférenciers enseignaient et répondaient aux questions. À part quelques visites au Saint des Saints où il se demandait avec émerveillement ce qu'il y avait réellement derrière le voile de séparation, il passa la majeure partie de son temps autour du temple aux conférences d'enseignement.

Pendant toute la semaine de la Pâque, Jésus garda sa place parmi les nouveaux fils du commandement. Cela signifiait qu'il devait s'assoir hors des grilles qui séparaient toutes les personnes n'ayant pas la pleine citoyenneté d'Israël. Rendu ainsi conscient de sa jeunesse, il se retint de poser toutes les questions qui se pressaient dans sa tête ; tout au moins il s'en abstint jusqu'à ce que la célébration de la Pâque eût prit fin et que les restrictions imposées aux jeunes gens nouvellement consacrés fussent levées.

Le mercredi de la semaine de la Pâque, Jésus fut autorisé à aller chez Lazare pour passer la nuit à Béthanie. Ce soir-là, Lazare, Marthe et Marie écoutèrent Jésus discuter des choses temporelles et éternelles, humaines et divines, et, depuis cette soirée, tous les trois l'aimèrent comme s'il eût été leur propre frère.

À la fin de la semaine, Jésus vit moins souvent Lazare, car ce dernier n'avait pas droit d'accès même au cercle extérieur des discussions du temple, mais il assista cependant à quelques discours publics prononcés dans les cours extérieures. Lazare était du même âge que Jésus, mais, à Jérusalem, les jeunes étaient rarement admis à la consécration des fils de la loi avant d'avoir atteint leurs treize ans révolus.

Pendant la semaine pascale, les parents de Jésus trouvèrent maintes et maintes fois leur fils assis à l'écart et réfléchissant profondément, la tête dans les mains. Ils ne l'avaient jamais vu se comporter de cette façon et ils étaient douloureusement perplexes, ne sachant pas jusqu'à quel point la confusion régnait dans sa pensée et le trouble dans son esprit à la suite des expériences par lesquelles il passait ; ils ne savaient que faire. Ils se réjouissaient d'entrevoir la fin de la semaine de la Pâque et désiraient ardemment voir leur fils, aux agissements étranges, de retour en sécurité à Nazareth.

Jour après jour, Jésus faisait le tour de ses problèmes ; à la fin de la semaine, il avait opéré beaucoup de mises au point. Quand vint le moment de retourner à Nazareth, son jeune mental fourmillait encore d'incertitudes et était assailli par une foule de questions sans réponse et de problèmes non résolus.

Avant de repartir, en compagnie du maitre qui instruisait Jésus à Nazareth, Joseph et Marie prirent des dispositions précises pour le retour de Jésus à Jérusalem au moment où il aurait ses quinze ans. Il commencerait alors un long cycle d'études dans une des académies de rabbins les plus renommées. Jésus accompagna ses parents et son professeur dans leur visite à l'école, mais tous trois furent désolés de constater combien il semblait indifférent à tout ce qu'ils disaient et faisaient. Marie était profondément peinée de ses réactions à la visite de Jérusalem, et Joseph fort perplexe devant les étranges remarques et la conduite insolite du garçon.

Somme toute, la semaine de la Pâque avait été un grand évènement dans la vie de Jésus. Il avait tiré profit de sa rencontre avec des dizaines de garçons de son âge, candidats comme lui à la consécration, et avait utilisé ces contacts comme moyen d'apprendre comment les gens vivaient en Mésopotamie, au Turkestan, dans l'empire des Parthes ainsi que dans les provinces romaines de l'Extrême-Occident. Il était déjà assez au courant de la façon dont se développait la jeunesse d'Égypte et d'autres régions voisines de la Palestine. Il y avait, à ce moment-là, des milliers de jeunes gens à Jérusalem, et le garçon de Nazareth rencontra personnellement et interrogea de façon plus ou moins approfondie plus de cent-cinquante d'entre eux. Il était particulièrement intéressé par ceux qui venaient de l'Extrême-Orient et des pays lointains de l'Occident. Comme suite à ces contacts, le garçon commença à éprouver le désir de voyager de par le monde en vue d'apprendre comment les différents groupes de ses contemporains travaillaient pour gagner leur vie.

DÉPART DE JOSEPH ET DE MARIE

Le groupe de Nazareth avait convenu de se rassembler près du temple au milieu de la matinée du premier jour de la semaine après la fin de la fête pascale. Ils se retrouvèrent au rendez-vous et partirent pour rentrer à Nazareth. Jésus s'était rendu au temple pour écouter les discussions, tandis que ses parents attendaient le rassemblement de leurs compagnons de voyage. Bientôt, la compagnie se prépara à partir, les hommes formant un groupe, et les femmes un autre, comme ils en avaient l'habitude pour aller aux fêtes de Jérusalem et en revenir. Jésus était allé à Jérusalem en compagnie de sa mère et des femmes. Maintenant, en tant que jeune homme consacré, il était censé faire le voyage de retour avec son père et les hommes. Tandis que le groupe de Nazareth partait pour Béthanie, Jésus était resté dans le temple, complètement absorbé par une discussion sur les anges et totalement inconscient d'avoir manqué le moment du départ de ses parents. Jusqu'à midi, heure de la suspension des conférences du temple, il ne se rendit pas compte qu'il avait été laissé en arrière.

Les voyageurs de Nazareth ne remarquèrent pas l'absence de Jésus, parce que Marie supposait qu'il voyageait avec les hommes, tandis que Joseph pensait qu'il voyageait avec les femmes, étant donné qu'il était monté à Jérusalem avec les femmes, et qu'il conduisait l'âne de Marie. Ils ne découvrirent son absence qu'en arrivant à Jéricho et en se préparant à camper pour la nuit. Après être allés aux informations auprès des retardataires du groupe arrivant à Jéricho, et avoir appris qu'aucun d'eux n'avait vu leur fils, ils passèrent une nuit blanche. Ils retournaient dans leur tête ce qui avait bien pu lui arriver, se remémorant plusieurs de ses réactions insolites aux évènements de la semaine pascale et se reprochant doucement l'un à l'autre de n'avoir pas veillé à ce qu'il fût dans l'un des groupes avant de quitter Jérusalem

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:29

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:57

**n°17** l'adolescence de jesus ..suite...

    **n°17** l'adolescence de jesus ..suite...
PREMIER ET SECOND JOURS DANS LE TEMPLE

Pendant ce temps, Jésus était resté dans le temple tout l'après-midi, écoutant les discussions et appréciant l'ambiance plus calme et plus décente depuis que les grandes foules de la semaine pascale s'étaient à peu près dispersées. À la fin des discussions de l'après-midi, auxquelles Jésus ne participa point, il se rendit à Béthanie où il arriva juste au moment où la famille de Simon se préparait à prendre son repas du soir. Les trois jeunes gens débordaient de joie d'accueillir Jésus, qui demeura pour la nuit dans la maison de Simon. Il les vit très peu pendant la soirée, passant la plus grande partie de son temps en méditations solitaires dans le jardin.

Le lendemain, Jésus se leva de bonne heure pour se rendre au temple. Sur le versant d'Olivet, il s'arrêta et pleura sur le spectacle que ses yeux contemplaient — un peuple appauvri spirituellement, prisonnier de ses traditions et vivant sous la surveillance des légions romaines. Tôt dans la matinée, il était dans le temple avec l'idée bien arrêtée de prendre part aux discussions. Pendant ce temps, Joseph et Marie s'étaient, eux aussi, levés à l'aube avec l'intention de revenir sur leurs pas à Jérusalem. D'abord ils se rendirent en hâte à la maison de leurs parents, chez lesquels ils avaient logé en famille pendant la semaine de la Pâque, mais l'enquête révéla que personne n'avait vu Jésus. Après l'avoir cherché toute la journée sans trouver sa trace, ils retournèrent pour la nuit chez leurs parents.

À la seconde conférence, Jésus s'était enhardi à poser des questions et participa aux discussions du temple d'une manière stupéfiante, mais toujours compatible avec sa jeunesse. Parfois ses questions incisives embarrassaient quelque peu les docteurs érudits de la loi juive, mais il témoignait d'un tel esprit de candide honnêteté, doublé d'une soif si évidente d'apprendre que la majorité des docteurs du temple était disposée à le traiter avec considération. Mais, quand il se permit de mettre en doute qu'il fut juste de mettre à mort un Gentil ivre, égaré hors de la cour des Gentils et entré inconsciemment dans les enceintes interdites et réputées sacrées du temple, un des docteurs les plus intolérants s'impatienta de ses critiques implicites, le toisa du regard et lui demanda son âge. Jésus répondit : “ Il me manque un peu plus de quatre mois pour avoir treize ans. ” “ Alors ”, répliqua le docteur maintenant courroucé, “ pourquoi es-tu ici puisque tu n'es pas en âge d'être un fils de la loi ? ” Quand Jésus eut expliqué qu'il avait été consacré pendant la Pâque et qu'il était un étudiant de Nazareth ayant terminé ses classes, les docteurs répondirent unanimement d'un air moqueur : “ Nous aurions dû le savoir ; il est de Nazareth. ” Mais le docteur qui présidait affirma que Jésus n'était pas à blâmer si les dirigeants de la synagogue de Nazareth l'avaient techniquement reçu à douze ans au lieu de treize ; bien que plusieurs de ses détracteurs s'en fussent allés, on décida que le garçon pouvait tranquillement prendre part comme élève aux discussions du temple.

Lorsque cette deuxième journée au temple fut terminée, Jésus retourna encore une fois à Béthanie pour la nuit. De nouveau, il sortit dans le jardin pour méditer et prier. Il était évident que son mental était absorbée à considérer de graves problèmes.

LE TROISIÈME JOUR DANS LE TEMPLE

Au cours du troisième jour de Jésus au temple avec les scribes et les docteurs, de nombreux spectateurs, ayant entendu parler de ce jeune homme de Galilée, affluèrent pour jouir du spectacle d'un jeune garçon confondant les sages docteurs de la loi. Simon aussi vint de Béthanie pour se rendre compte de ce que le garçon allait faire . Pendant toute cette journée, Joseph et Marie continuèrent à chercher anxieusement Jésus ; ils étaient même allés plusieurs fois au temple, mais n'avaient jamais pensé à scruter les divers groupes engagés dans des discussions. Ils passèrent pourtant une fois presque à portée de la voix fascinante de leur fils.

Avant la fin du jour, toute l'attention du principal groupe des débats du temple s'était concentrée sur les interrogations de Jésus. Voici quelques-unes de ses nombreuses questions :

. Qu'y a-t-il réellement dans le Saint des Saints derrière le voile ?

. Pourquoi, en Israël, les mères doivent-elles être séparées des fidèles masculins au temple ?

Si Dieu est un père qui aime ses enfants, pourquoi tous ces massacres d'animaux pour gagner la faveur divine — l'enseignement de Moïse a-t-il été mal compris ?

Puisque le temple est consacré à l'adoration du Père céleste, est-il logique d'y tolérer la présence de ceux qui exercent un métier profane de troc ou de commerce ?

. Le Messie attendu sera-t-il un prince temporel siégeant sur le trône de David, ou agira-t-il comme la lumière de vie dans l'établissement d'un royaume spirituel ?

Tout le long du jour, les auditeurs s'émerveillèrent de ces questions, et nul ne fut plus étonné que Simon. Pendant plus de quatre heures, l'adolescent de Nazareth assaillit les docteurs juifs de questions qui donnaient à réfléchir et sondaient les coeurs. Il fit peu de commentaires sur les remarques de ses ainés. Il transmettait son enseignement par les questions qu'il posait. Par leur tournure adroite et subtile, il arrivait simultanément à défier leur enseignement et à suggérer le sien propre. Dans sa manière de poser une question, il conjuguait la sagacité et l'humour avec un charme qui le faisait aimer même par ceux qui s'offusquaient plus ou moins de son âge. Il était toujours éminemment loyal et plein d'égards en posant ses questions pénétrantes. Au cours de cet après-midi mouvementé au temple, il manifesta sa répugnance caractéristique, confirmée par tout son ministère public ultérieur, à tirer d'un adversaire un avantage déloyal. Comme adolescent, et plus tard comme homme, il paraissait complètement délivré de tout désir égoïste de gagner une discussion simplement pour le plaisir de triompher de ses compagnons par la logique. Une seule chose l'intéressait suprêmement : proclamer la vérité éternelle et effectuer ainsi une révélation plus complète du Dieu éternel.

La journée finie, Simon et Jésus retournèrent à Béthanie. Durant la plus grande partie du trajet, l'homme et l'enfant gardèrent le silence. De nouveau, Jésus s'arrêta sur le versant d'Olivet, mais, en regardant la ville et son temple, il ne pleura pas ; il inclina seulement la tête en dévotion silencieuse.

Après le repas du soir à Béthanie, il refusa encore une fois de se joindre à la joyeuse compagnie ; au lieu de cela, il alla au jardin où il s'attarda jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il tenta vainement d'élaborer un plan précis pour aborder le problème de l'oeuvre de sa vie, et pour choisir la meilleure manière de révéler, à ses compatriotes spirituellement aveugles, un plus beau concept du Père céleste, les libérant ainsi de leur terrible esclavage à la loi, au rituel, au cérémonial et à la tradition surannée. Mais la claire lumière n'apparut pas à ce garçon en quête de vérité.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:43

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:57

**n°18 **l'adolescence de jesus ..suite...

    **n°18 **l'adolescence de jesus ..suite...
LE QUATRIÈME JOUR DANS LE TEMPLE

Jésus était étrangement oublieux de ses parents terrestres ; même au petit déjeuner, quand la mère de Lazare fit remarquer que ses parents devaient être maintenant près de chez eux, Jésus ne sembla pas se rendre compte qu'ils devaient quelque peu s'inquiéter de ce qu'il fût resté à la traine.

De nouveau, il se rendit au temple, mais ne s'arrêta pas sur le versant d'Olivet pour méditer. Au cours des discussions du matin, une grande partie du temps fut consacrée à la loi et aux prophètes, et les docteurs furent étonnés de constater que Jésus connaissait si bien les Écritures, tant en hébreu qu'en grec. Mais sa jeunesse les étonnait plus que sa connaissance de la vérité.

À la conférence de l'après-midi, ils avaient à peine commencé à répondre à ses questions concernant le but de la prière, quand le président pria le garçon de s'avancer, de s'assoir près de lui et de faire connaître son propre point de vue concernant la prière et l'adoration.

La veille au soir, les parents de Jésus avaient entendu parler de l'étrange adolescent qui argumentait si habilement avec les commentateurs de la loi, mais il ne leur était pas venu à l'idée que ce garçon pouvait être leur fils. Ils avaient à peu près décidé de repartir pour aller chez Zacharie en supposant que Jésus pouvait y être allé pour voir Élisabeth et Jean. Pensant que Zacharie était peut-être au temple, ils s'arrêtèrent là sur le chemin de la Ville de Juda. Comme ils erraient à travers les cours du temple, imaginez leur surprise et leur stupéfaction quand ils reconnurent la voix du garçon disparu et l'aperçurent assis parmi les docteurs du temple.

Joseph était sans voix, mais Marie donna libre cours à sa peur et à son anxiété longtemps refoulées ; elle s'élança vers le garçon, qui s'était levé pour saluer ses parents, et dit : “ Mon enfant, pourquoi nous as-tu traités comme cela ? Il y a maintenant plus de trois jours que ton père et moi t'avons cherché désespérément. Qu'est-ce qui t'a pris de nous abandonner ? ” Ce fut un moment angoissant. Tous les yeux étaient tournés vers Jésus pour voir ce qu'il allait répondre. Son père le regarda d'un air réprobateur, mais ne dit rien.

N'oubliez pas que Jésus était censé être un jeune homme. Il avait terminé sa scolarité régulière d'enfant, avait été reconnu comme fils de la loi et avait reçu la consécration comme citoyen d'Israël. Cependant, sa mère le reprenait vertement devant la foule assemblée, juste au moment de l'effort le plus sérieux et le plus sublime de sa jeune vie. Elle mettait ainsi peu glorieusement fin à l'une des plus grandes occasions qui lui fût jamais donnée d'enseigner la vérité, de prêcher la droiture et de révéler le caractère aimant de son Père céleste.

Le garçon se montra à la hauteur des circonstances. Si l'on prend équitablement en considération tous les facteurs qui se conjuguèrent pour provoquer cette situation, on pourra mieux sonder la sagesse de la réponse qu'il fit à la réprimande involontaire de sa mère. Après un moment de réflexion, Jésus lui dit : “ Pourquoi m'avez-vous cherché si longtemps ? Ne vous attendiez-vous pas à me trouver dans la maison de mon Père, puisque l'heure est venue pour moi de m'occuper des affaires de mon Père ? ”

Tous les assistants furent étonnés de la façon de parler du garçon. Ils se retirèrent silencieusement et le laissèrent seul avec ses parents. Tout de suite, le jeune homme soulagea leur embarras à tous trois en disant tranquillement : “ Venez mes parents, chacun a fait ce qu'il croyait être le mieux. Notre Père céleste a ordonné ces choses, rentrons à la maison. ”

Ils partirent en silence et arrivèrent à Jéricho pour la nuit. Ils s'arrêtèrent une fois seulement, sur le versant d'Olivet, quand le garçon leva son bâton en l'air et, frémissant des pieds à la tête sous le choc d'une émotion intense, dit : “ O Jérusalem, Jérusalem et ses habitants, quels esclaves vous êtes — subordonnés au joug des Romains et victimes de vos propres traditions — mais je reviendrai purifier le temple et délivrer le peuple de cette servitude ! ”

Pendant les trois journées de voyage vers Nazareth, Jésus ne dit presque rien ; ses parents non plus ne parlèrent pas beaucoup en sa présence. Ils étaient vraiment désorientés par la conduite de leur fils premier-né, mais ils conservaient précieusement ses paroles dans leur coeur, même sans pouvoir pleinement en comprendre la signification.

En arrivant à la maison, Jésus fit une brève déclaration à ses parents, les assurant de son affection et leur laissant entendre qu'ils n'auraient plus jamais à craindre que sa conduite ne leur donnât des occasions d'anxiété. Il conclut cette déclaration capitale en disant : “ Bien que je doive faire la volonté de mon Père céleste, j'obéirai aussi à mon père terrestre. J'attendrai mon heure. ”

Mentalement, Jésus refusait souvent d'admettre les efforts bien intentionnés, mais malencontreux, de ses parents pour lui dicter le cours de ses réflexions ou pour établir le plan de son travail sur terre. Toutefois et de toutes les manières compatibles avec sa consécration à la volonté de son Père du Paradis, il se conformait de la meilleure grâce aux désirs de son père terrestre et aux habitudes de sa famille charnelle. Même quand il ne pouvait les admettre, il faisait tout son possible pour s'y conformer. C'était un artiste dans la façon de concilier sa consécration au devoir avec ses obligations de loyauté envers sa famille et ses activités sociales.

Joseph était perplexe, mais Marie, en réfléchissant à ces expériences, reprit courage en finissant par considérer les propos de Jésus à Olivet comme prophétiques de la mission messianique de son fils en tant que libérateur d'Israël. Elle se mit à l'oeuvre avec une énergie nouvelle pour orienter les pensées de Jésus dans des moules patriotiques et nationalistes, et recourut à l'aide de son frère, l'oncle préféré de Jésus. De toutes les manières possibles, la mère de Jésus s'adonna à la tâche de préparer son fils ainé à assumer le commandement de ceux qui voulaient restaurer le trône de David et rejeter définitivement l'esclavage politique du joug des Gentils
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:46

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:57

**n°19 **Les deux Années Cruciales.......suite.............

    **n°19 **Les deux Années Cruciales.......suite.............
De toutes les expériences de la vie terrestre de Jésus, sa quatorzième et sa quinzième années furent les plus cruciales. Les deux années comprises entre le moment où il commença à prendre conscience de sa divinité et de son destin, et celui où il réussit à communiquer, dans une large mesure, avec son Ajusteur intérieur furent les plus éprouvantes de sa vie mouvementée sur Urantia. C'est cette période de deux ans que l'on devrait appeler la grande épreuve, la vraie tentation. Aucun jeune humain, passant par les premiers désordres et la mise au point des problèmes de l'adolescence, ne fut jamais soumis à une épreuve plus cruciale que celle traversée par Jésus durant son passage de l'enfance à l'adolescence.

Cette importante période de développement dans la jeunesse de Jésus commença avec la fin de la visite à Jérusalem et le retour à Nazareth. Marie fut d'abord heureuse à la pensée qu'elle avait retrouvé son garçon, que Jésus était rentré au foyer pour être un fils soumis — bien qu'il n'eût jamais été autre chose — et qu'il serait désormais plus docile aux plans qu'elle formait pour son avenir. Mais elle n'allait pas se chauffer longtemps au soleil des illusions maternelles et de l'inconscient orgueil de famille ; elle allait bientôt perdre plus complètement ses illusions. De plus en plus, le garçon vivait en compagnie de son père ; il consultait de moins en moins sa mère sur ses problèmes. En même temps, l'incompréhension de ses parents concernant ses fréquentes alternances entre les affaires de ce monde et les méditations sur ses propres rapports avec les affaires de son Père allait croissant. Franchement, ils ne le comprenaient pas, mais ils l'aimaient sincèrement.

À mesure que Jésus grandissait, sa pitié et son amour pour le peuple juif s'approfondirent, mais, les années passant, un juste ressentiment se développa dans sa pensée contre la présence, dans le temple de son Père, de prêtres choisis pour des raisons politiques. Jésus avait un grand respect pour les pharisiens sincères et les scribes honnêtes, mais il tenait en piètre estime les pharisiens hypocrites et les théologiens déloyaux ; il considérait avec dédain tous les chefs religieux peu sincères. Quand il examinait minutieusement la conduite des dirigeants d'Israël, il était parfois tenté de regarder d'un oeil favorable la possibilité de devenir le Messie attendu par les Juifs, mais il ne céda jamais à cette tentation.


Le récit de ses exploits parmi les sages du temple de Jérusalem était flatteur pour tout Nazareth et spécialement pour ses anciens maitres de l'école de la synagogue. Pendant quelque temps, l'éloge de Jésus fut sur toutes les lèvres. Tout le bourg racontait la sagesse de son enfance et sa conduite méritoire, et prédisait qu'il était destiné à devenir un grand chef dans Israël. Enfin, un vraiment grand éducateur allait sortir de Nazareth en Galilée. Tous se réjouissaient à l'avance du moment où il aurait atteint ses quinze ans, afin qu'il lui fût dument permis de lire les Écritures à la synagogue le jour du sabbat.

SA QUATORZIÈME ANNÉE (AN 8)

L'an 8 est l'année de calendrier de son quatorzième anniversaire. Jésus avait appris à fabriquer de bons jougs et travaillait bien la toile et le cuir. Il devenait rapidement aussi un charpentier et un ébéniste habile. Cet été-là, il monta fréquemment au sommet de la hauteur située au nord-ouest de Nazareth, pour prier et pour méditer. Il devenait graduellement plus conscient de la nature de son effusion sur terre.

Un peu plus de cent ans auparavant, cette colline avait été le “ haut lieu de Baal ” et maintenant c'était l'emplacement du tombeau de Siméon, un saint homme réputé en Israël. Du faite de la colline de Siméon, Jésus pouvait d'un coup d'oeil embrasser Nazareth et le pays environnant. En regardant Méguiddo, il se remémorait l'histoire de l'armée égyptienne remportant sa première grande victoire en Asie, et comment plus tard une armée semblable avait vaincu Josias, roi de Judée. Non loin de là, il pouvait voir Taanak, où Déborah et Barac battirent Sisara. À l'horizon, il pouvait apercevoir les collines de Dothan où, lui avait-on appris, Joseph avait été vendu par ses frères comme esclave, en Égypte. Tournant ensuite ses regards vers Ébal et Garizim, il se rappelait les traditions d'Abraham, de Jacob et d'Abimélech. Ainsi il se remémorait et retournait dans son mental les évènements historiques et traditionnels du peuple de son père Joseph.

Il poursuivit ses cours supérieurs de lecture avec ceux qui enseignaient à la synagogue et continua aussi l'éducation familiale de ses frères et soeurs à mesure qu'ils atteignaient l'âge approprié.

Au début de cet an 8, Joseph s'arrangea pour mettre de côté le revenu de ses propriétés de Nazareth et de Capharnaüm, afin de payer le long cycle d'études de son fils à Jérusalem ; on prévoyait que Jésus devait aller à Jérusalem en août de l'année qui suivait, quand il atteindrait ses quinze ans.

Au commencement de l'année, Joseph et Marie eurent fréquemment des doutes sur la destinée de leur fils ainé. En effet, il était un enfant brillant et aimable, mais bien difficile à comprendre et à sonder ; d'autre part, rien d'extraordinaire ou de miraculeux n'était jamais arrivé. Sa fière maman était restée des dizaines de fois dans une expectative haletante en s'attendant à voir son fils accomplir quelque exploit surhumain ou miraculeux, mais ses espoirs se brisaient toujours dans une cruelle déception. Tout ceci était décourageant et même démoralisant. Les personnes pieuses de ce temps-là croyaient vraiment que les prophètes et les hommes de la promesse démontraient toujours leur vocation et établissaient leur autorité divine en accomplissant des miracles et en faisant des prodiges. Mais Jésus ne faisait rien de tout cela ; c'est pourquoi le trouble de ses parents augmentait sans cesse quand ils envisageaient son avenir.

L'amélioration de la situation économique de la famille de Nazareth se faisait sentir à la maison de bien des manières, spécialement par le nombre croissant de tablettes blanches polies qui étaient employées comme ardoises pour écrire ; on écrivait alors avec du fusain. Jésus fut également autorisé à reprendre des leçons de musique ; il adorait jouer de la harpe.

Durant toute cette année, on peut vraiment dire que Jésus “ grandit dans la faveur des hommes et de Dieu ”. Les perspectives de la famille semblaient bonnes et l'avenir se présentait brillamment.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:51

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:57

**n°20 **La mort de Joseph ...suite...

    **n°20 **La mort de Joseph ...suite...
LA MORT DE JOSEPH

Tout alla bien jusqu'au jour fatal du mardi 25 septembre, où un messager de Sepphoris apporta, au foyer de Nazareth, la tragique nouvelle que Joseph avait été grièvement blessé par la chute d'un mât de charge pendant qu'il travaillait à la résidence du gouverneur. Le messager de Sepphoris s'était arrêté à l'atelier avant d'aller au domicile de Joseph. Il informa Jésus de l'accident survenu à son père, et les deux se rendirent ensemble à la maison pour faire part à Marie de la triste nouvelle. Jésus désirait aller immédiatement rejoindre son père, mais Marie ne voulait rien entendre d'autre que de se rendre en hâte auprès de son époux. Elle décida que Jacques, alors âgé de dix ans, l'accompagnerait à Sepphoris, tandis que Jésus resterait à la maison avec les plus jeunes enfants jusqu'à son retour, car elle ne connaissait pas la gravité de la blessure de Joseph. Mais Joseph était mort de ses blessures avant l'arrivée de Marie. On le ramena à Nazareth, et le lendemain il fut couché au tombeau pour reposer avec ses ancêtres.

Juste au moment où les perspectives étaient bonnes et où l'avenir paraissait prometteur, une main apparemment cruelle abattit le chef de famille de Nazareth. Les affaires de la maison furent interrompues et tous les plans pour la future éducation de Jésus furent démolis. Le jeune charpentier, qui venait tout juste d'avoir quatorze ans, prit conscience qu'il avait non seulement à révéler la nature divine, sur terre et dans la chair selon la mission reçue de son Père céleste, mais encore il fallait que sa jeune nature humaine endossât la responsabilité de prendre soin de sa mère veuve et de ses sept frères et soeurs — sans compter un autre enfant attendu. L'adolescent de Nazareth devenait maintenant le seul soutien et réconfort de cette famille si subitement affligée. Ainsi fut permise sur Urantia la succession naturelle d'évènements qui forcèrent ce jeune homme de le destinée à assumer de si bonne heure des responsabilités fort lourdes, mais hautement pédagogiques et disciplinaires. Il devenait chef d'une famille humaine ; il devenait le père de ses propres frères et soeurs ; il aurait à soutenir et à protéger sa mère comme gardien du foyer paternel, le seul qu'il dût connaître pendant son séjour sur ce monde.

Jésus accepta de bon coeur les responsabilités qui s'abattaient si soudainement sur lui, et les assuma fidèlement jusqu'au bout. Tout au moins, un grand problème et une difficulté escomptée dans sa vie avaient été tragiquement résolus — on ne s'attendait plus à ce qu'il aille à Jérusalem étudier avec les rabbins. Il resta perpétuellement vrai que Jésus “ n'était le disciple de personne ”. Il était toujours prêt à apprendre, même du plus humble petit enfant, mais jamais il ne puisa dans des sources humaines son autorité pour enseigner la vérité.

Cependant, il ne savait rien encore de l'apparition de Gabriel à sa mère avant sa naissance ; il l'apprit seulement par Jean le jour de son baptême, au commencement de son ministère public.

Avec le temps, le jeune charpentier de Nazareth mesura de mieux en mieux chaque institution de la société et chaque coutume de la religion par un critère invariable. Que fait-elle pour l'âme humaine ? Rapproche-t-elle Dieu de l'homme ? Mène-t-elle l'homme à Dieu ? Tout en ne négligeant pas complètement les aspects récréatifs et sociaux de la vie, l'adolescent consacra de plus en plus son temps et ses forces à deux buts seulement : prendre soin de sa famille et se préparer à accomplir sur terre la volonté de son Père céleste.

Cette année-là, les voisins prirent l'habitude d'entrer à l'improviste durant les soirées d'hiver pour entendre Jésus jouer de la harpe, écouter ses histoires (car le garçon était un excellent conteur) et l'entendre lire des citations des Écritures grecques.

La famille pouvait assez bien soutenir son train de maison parce qu'elle disposait d'une bonne somme d'argent liquide au moment de la mort de Joseph. Jésus ne tarda pas à montrer qu'il avait, dans les affaires, un jugement pénétrant et de la sagacité financière. Il avait l'esprit large, mais des gouts simples ; il était économe, mais généreux. Il se révéla un administrateur sage et efficace des biens de son père.

Malgré tout ce que Jésus et les voisins de Nazareth pouvaient faire pour apporter de la bonne humeur au foyer, Marie et même les enfants restaient pleins de tristesse. Joseph était parti. Il avait été un mari et un père exceptionnels et il manquait à tous. Et il leur semblait d'autant plus tragique de penser qu'il était mort avant qu'ils aient pu lui parler ou recevoir sa bénédiction.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:55

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:57

**n°21 **la quinzieme année de jesus ...suite........

    **n°21 **la quinzieme année de jesus ...suite........
LA QUINZIÈME ANNÉE (AN 9)

Au milieu de sa quinzième année — et nous comptons le temps d'après le calendrier du vingtième siècle, et non d'après l'année juive — Jésus avait fermement pris en main le gouvernement de sa famille. Avant la fin de cette année, leurs économies avaient à peu près fondu, et ils se trouvèrent dans l'obligation de vendre l'une des maisons de Nazareth que Joseph possédait en commun avec Jacob son voisin.

Ruth, la dernière née de la famille, vint au monde le mercredi soir 17 avril de l'an 9. Dans la mesure de ses moyens, Jésus essaya de prendre la place de son père en réconfortant et en soignant sa mère durant cette épreuve difficile et particulièrement triste. Pendant près de vingt ans (jusqu'au commencement de sa vie publique), aucun père n'aurait pu aimer et élever sa fille avec plus d'affection et de fidélité que Jésus s'occupant de la petite Ruth. Il fut un tout aussi bon père pour les autres membres de la famille.

Durant cette année, Jésus formula, pour la première fois, la prière qu'il enseigna par la suite à ses apôtres et qui s'est répandue sous le nom du “ Notre Père ”. En un sens, ce fut une évolution du culte au foyer. Les Juifs avaient de nombreuses formules d'actions de grâces et plusieurs prières classiques. Après la mort de son père, Jésus essaya d'enseigner aux ainés des enfants à s'exprimer individuellement dans des prières — comme lui même se plaisait tant à le faire — mais ils ne pouvaient saisir sa pensée et revenaient invariablement à leurs formes de prières apprises par coeur. Ce fut dans cette tentative pour inciter les ainés de ses frères et soeurs à dire des prières individuelles que Jésus s'efforça de les guider par des phrases suggestives ; bientôt, sans intention de sa part, ils employèrent tous une forme de prière largement basée sur les idées directrices que Jésus leur avait enseignées.

À la fin, Jésus abandonna l'idée que chaque membre de la famille formulât des prières spontanées. Un soir d'octobre, il s'assit près de la petite lampe trapue, devant la table basse en pierre ; puis, sur une planchette de cèdre poli d'environ quarante-cinq centimètres de côté, il écrivit, avec un morceau de fusain, la prière qui devint dorénavant la supplique modèle de la famille.

Cette année-là, Jésus fut très troublé par des réflexions confuses. Ses responsabilités familiales avaient fort efficacement écarté toute idée de mettre à exécution un plan conforme à la visitation de Jérusalem qui l'invitait à “ s'occuper des affaires de son Père ”. Jésus conclut, à juste titre, que le soin de veiller sur la famille de son père terrestre devait prendre le pas sur tout autre devoir, et que le soutien de sa famille devait être sa première obligation.

Au cours de cette année, Jésus trouva, dans le livre dit d'Énoch, un passage qui l'incita plus tard à adopter l'expression “ Fils de l'Homme ” pour se désigner durant sa mission d'effusion sur Urantia. Il avait soigneusement étudié l'idée du Messie juif et acquis la ferme conviction qu'il n'était pas destiné à être ce Messie. Il désirait ardemment aider le peuple de son père, mais il ne compta jamais se mettre à la tête des armées juives pour libérer la Palestine de la domination étrangère. Il savait qu'il ne siègerait jamais sur le trône de David à Jérusalem. Il ne croyait pas non plus que son rôle dût être celui d'un libérateur spirituel ou d'un éducateur moral uniquement auprès du peuple juif. En aucun cas la mission de sa vie ne pouvait donc être l'accomplissement des désirs ardents et des prophéties supposées messianiques des Écritures hébraïques, au moins pas à la manière dont les Juifs comprenaient ces prédictions des prophètes. De même, Jésus était certain de ne pas devoir apparaître comme le Fils de l'Homme décrit par le prophète Daniel.

Mais, quand le temps viendrait d'aller de l'avant en tant qu'éducateur du monde, quel nom prendrait-il ? Comment justifierait-il sa mission ? De quel nom serait-il appelé par les gens qui se mettraient à croire à son enseignement ?

Tandis qu'il retournait tous ces problèmes dans sa tête, il trouva dans la bibliothèque de la synagogue de Nazareth, parmi les livres apocalyptiques qu'il étudiait, le manuscrit appelé “ Le Livre d'Énoch ”. Malgré sa conviction qu'il ne s'agissait pas de l'Énoch de jadis, le livre l'intrigua beaucoup ; il le lut et le relut plusieurs fois. Un passage l'impressionna particulièrement, celui où apparaissait l'expression “ Fils de l'Homme ”. L'auteur de ce prétendu Livre d'Énoch continuait à parler du Fils de l'Homme, décrivant les travaux qu'il devait accomplir sur terre. Il expliquait qu'avant de venir sur ce monde pour apporter le salut à l'humanité, ce Fils de l'Homme avait traversé les parvis de gloire céleste avec son Père, le Père de tous ; qu'il avait renoncé à toute sa grandeur et à toute sa majesté pour descendre sur terre et y proclamer le salut aux pauvres mortels. À mesure que Jésus lisait ces passages (en comprenant bien qu'une grande partie du mysticisme oriental mêlé par la suite à ces enseignements était faux), il ressentait dans son coeur et reconnaissait dans son mental que, parmi toutes les prédictions messianiques des Écritures hébraïques et toutes les théories concernant le libérateur des Juifs, aucune n'était aussi proche de la vérité que cette histoire, bien que le livre d'Énoch, où elle était reléguée, ne fût que partiellement orthodoxe. Séance tenante, il décida d'adopter pour titre inaugural “ Le Fils de l'Homme ”. C'est ce qu'il fit par la suite quand il commença son enseignement public. Jésus avait une aptitude infaillible à reconnaître la vérité et n'hésitait jamais à l'admettre, quelle que fût la source dont elle paraissait émaner.

À cette époque, il avait complètement réglé beaucoup de choses concernant son futur travail dans le monde, mais il n'entretenait jamais sa mère de ces questions, elle qui s'accrochait toujours à son idée qu'il était le Messie juif.

Jésus passa alors par la grande confusion de pensée de l'époque de sa jeunesse. Après avoir fixé quelque peu la nature de sa mission sur terre consistant à “ s'occuper des affaires de son Père ” — à démontrer la nature aimante de son Père envers toute l'humanité — il recommença à réfléchir aux nombreuses citations des Écritures se référant à la venue d'un libérateur national, d'un éducateur ou d'un roi juif. À quel évènement ces prophéties se rapportaient-elles ? Était-il un Juif ou non ? Appartenait-il ou non à la maison de David ? Sa mère affirmait que oui ; son père avait jugé qu'il n'en était pas. Il décida qu'il n'en était pas. Mais les prophètes n'avaient-ils pas embrouillé la nature et la mission du Messie ?

Après tout, était-il possible que sa mère eût raison ? Dans la plupart des cas, quand des différences d'opinion avaient surgi dans le passé, c'était elle qui avait eu raison. S'il était un nouvel éducateur et non le Messie, comment pourrait-il reconnaître le Messie juif si celui-ci apparaissait à Jérusalem durant le temps de sa mission terrestre, et quelles devraient alors être ses relations avec le Messie juif ? Après qu'il se serait engagé dans la mission de sa vie, quels seraient ses rapports avec sa famille, avec la religion et l'État juifs, avec l'Empire romain, avec les Gentils et leurs religions ? Le jeune Galiléen retournait dans sa pensée chacun de ces grands problèmes et y réfléchissait sérieusement tout en continuant à travailler à l'établi du charpentier, gagnant laborieusement sa propre vie, celle de sa mère et celle de huit autres bouches affamées.

Avant la fin de l'année, Marie vit que les fonds de la famille diminuaient. Elle confia la vente des pigeons à Jacques. Bientôt ils achetèrent une seconde vache et, avec l'aide de Miriam, commencèrent à vendre du lait à leurs voisins de Nazareth.

Les profondes périodes de méditations de Jésus, ses fréquents déplacements pour prier au sommet de la colline et toutes les idées étranges qu'il énonçait de temps en temps alarmaient profondément sa mère. Elle pensait parfois que le garçon n'avait plus tout son bon sens ; puis elle dominait sa frayeur en se rappelant qu'il était après tout un enfant de la promesse, quelque peu différent des autres jeunes gens.

Mais Jésus apprenait à ne pas exprimer toutes ses pensées, à ne pas exposer au monde toutes ses idées, même pas à sa propre mère. À partir de cette année, Jésus restreignit constamment les divulgations de ce qui se passait dans son mental, c'est-à-dire qu'il parla moins des choses qu'un auditeur moyen ne pouvait saisir, et qui risquaient de le faire considérer comme bizarre ou différent des gens du commun. Selon toutes les apparences, il devint banal et conventionnel, bien qu'il languît après quelqu'un qui pourrait comprendre ses préoccupations. Il désirait ardemment avoir un ami fidèle et digne de confiance, mais ses problèmes étaient trop complexes pour être compris par ses compagnons humains. La singularité de cette situation exceptionnelle le forçait à porter seul son fardeau.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 09 février 2008 15:58

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 15:56